Partager l'article ! Chapitre premier: L’aiguille sur le cadran indique dix heures, après sa douche il applique sur son visage une crème hydratante à l’aloé v ...
L’aiguille sur le cadran indique dix heures, après sa douche il applique sur son visage une crème hydratante à l’aloé vera. Il a rendez vous au Bureau dans une vingtaine de minutes. Il sera encore en retard. Tan pis, il faut se faire désirer, de plus il a une image entretenir. Thomas aime l’image que l’on a de lui : un connard sans cœur qui multiplie les relations d’un soir, et n’a aucun remord sur le mal qu’il fait. C’est un garçon bien élevé, sa mère ne lui a jamais appris à se comporter comme un salaud, l’expérience, elle l’a fait. Depuis combien de temps il n’avait pas eu d’histoire d’amour, de relation fixe ? Il n’en savait rien. Peut être avait il occulté cette période de sa vie, quand les gens l’aimaient pour sa générosité, sa bienséance… Bien sûr les gens l’aimaient toujours. C’est lui qui ne les aimaient plus ou juste un soir.
Ce soir justement, il dine avec Emilie, une gentille fille, certainement un peu trop même. Il l’avait rencontré deux jours plus tôt chez son compère et confident, Quentin. Quentin était lui aussi un beau jeune homme, que la nature avait gâté, un physique athlétique, une voix suave, et des techniques de séduction infaillibles. Parfois Thomas était jaloux de lui. Emilie, il faudra lui sortir le grand jeu, si elle n’avait pas couché avec lui avant-hier, c’est qu’elle savait se tenir. Mais il ne se faisait pas de soucis. Thomas avait toujours ce qu’il désirait.
Il sort de son appartement, et monte dans le taxi qui l’attend depuis dix minutes déjà. Il avait le permis, mais ne conduisait jamais. Elle l’attend à table dégustant un mojito. Il ne s’excuse pas, et commande une vodka martini, au shaker pas à la cuillère. Elle lui raconte sa vie. Il la déshabille du regard, il la fixe, et ça la rend nerveuse. Il la complimente sur sa jolie robe noire, très près du corps, à large décolleté qui laisse entrevoir sa poitrine. Elle rougit. Pour celles qui ne pensent pas être à l’image de l’idéal féminin, les regards insistants sont tel un poignard mettant à jour leur imperfection. Elles rougissent.
Ses gestes se font maladroits. Derrière son masque, l’assassin sans pitié, a remarqué son emprise. Il est l’heure de sortir le grand jeu. Parfaitement camouflé sous son costume taillé sur mesure, tapi derrières les fumées de cigarettes, il lance sa première attaque : « Tu sais que j’ai une maison en corse ? » d’abords on fixe l’attention, « Si ça te dis, je t’invite !» ensuite on suscite l’intérêt, « j’y vais cet été, tu pourras venir si tu veux », on endort les soupçons. Ne lui laisser aucune échappatoire, c’est le maître mot. Elles se laissent toutes séduire. Bientôt, elle sera sienne. Sa technique est parfaite. Les rouages sont bien huilés. Il lève un doigt assuré à l’adresse du serveur. Les verres vidés sont à nouveau plein. Elle boit ses paroles. Seul entracte au flot incessant de ses tirades : la venue du serveur. L’atmosphère se fait plus détendue, plus légère. Elle laisse fréquemment échapper des rires innocents, auxquels répondent les siens hypocrites. Un sourire pervers se dessine sur son visage. Elles se font toutes avoir. Thomas se délecte, satisfait et fier de son résultat. Il prend l’addition. Il appelle un taxi.
Arrivés au bas de sa porte. Une lueur brille dans son regard. Ensemble, ils montent dans son petit studio près des quais. Intérieur typique de l’étudiante. Nostalgique de ses années lycéennes, des photos de préadolescent boutonneux se complaisants dans la similitude de leur tenue vestimentaire recouvrent les murs. Un tas de vaisselle sale traine négligemment dans l’évier. Un monticule de vêtements s’érige à coté du panier prévu à cet effet. Des feuilles en bataille maculent la table au centre de la pièce. Elle jette son sac sur la couette playboy parsemée de peluches. Il se tient derrière elle. Un pas, puis deux, ses mains effleurent les doigts de sa victime remontant lentement vers le cou. Sa gorge palpite. Il appose ses lèvres sur sa nuque sans un mot. Elle frémit. Couverte par ses baisers elle s’abandonne à lui. Il fait glisser les bretelles de sa robe le long des épaules et laisse tomber sa main sur son sein de l’autre il caresse son ventre. Doucement, sans obstacle, celle-ci descend explorer le calice féminin. Il masse d’un geste expert l’intimité de l’étudiante. Elle accompagne les mouvements de l’amant par des caresses sur ses bras. Sa respiration se fait plus forte. Elle se mord les lèvres laissant échapper de petits gémissements. Elle tourne la tête pour l’embrasser, mais ne trouve sa bouche qui contourne son cou pour lui mordiller l’oreille. Il n’embrasse jamais. La culotte de coton grossier rejoint la robe sur le sol. Dans une nouvelle tentative de l’embrasser elle se retourne. Lui descend vers sa poitrine. Sa langue rencontre ses seins durcis par l’excitation. Elle continue sa course passant par le nombril pour finir entre ses cuisses. Dans un recul Emile heurte la table posant ses fesses au milieu de la paperasse. Il déboutonne son pantalon, baisse sa braguette et le laisse au niveau des chevilles lorsqu’il se relève. Mettant ainsi à nu l’objet de perdition. L’instrument de luxure entame une douce mélodie accompagné d’une voix de soprano. Silence. On tourne la page. Derrière, un Beethoven, plus rapide, plus profond, plus fort. Dans le miroir au mur elle aperçoit une jeune femme qu’elle ne reconnait pas. Elle qui pensait être si pure, si délicate, si distinguée découvre maintenant une personne sauvage et sale. Elle ferme les yeux puis les ouvre. L’étrangère est toujours là. Des larmes perlent, retenues par ses cils. Elle détourne le regard. Et rencontre les visages accusateurs de ces photos pourtant si familières. La joie enivrante de l’acte charnel à son apogée, un sanglot s’échappe. Emilie pleure et dans un murmure « Brice… ». Ses yeux si clairs plus tôt sont si sombre maintenant.
Pour Thomas, la jouissance est totale, il se retire, sans mot dire. Le sourire aux lèvres.
« Je m’aime »